Covid-19: J’sus-tu utile?

Par MARIE-CLAUDE PARADIS-VIGNEAULT

J’sus-tu utile?
Cette question, on est une méchante gang à se la poser depuis la crise, moi y compris. Mais ça m’arrache le coeur pareil, même si je comprends ce questionnement existentiel, chaque fois que j’entends du monde qui ne font pas partie des « services essentiels » ou qui tombent entre les craques des programmes gouvernementaux, se la poser. Ça veut dire quoi être utile?

Je ne l’aime pas ce mot, encore moins quand je lis sa définition: « Dont l’usage, l’emploi satisfait un besoin, est ou peut être avantageux. »

Aujourd’hui, je suis allée prendre des nouvelles de mon encadreuse sur sa page Facebook avant de lui écrire pour une commande spéciale. Puis, j’ai été triste de lire ceci:

« Ce matin, comme beaucoup d’autres matins ces derniers temps, je me questionnais sur la pertinence de continuer à exercer mon métier. Dans les émissions d’affaires publiques, on nous bombarde de « Il faut se réinventer, les choses ne seront plus comme avant, il faut prévoir un coussin, réfléchir à un avenir meilleur, quitte à faire un travail « alimentaire, etc… ».
À 51 ans, avec 21 ans d’expérience comme entrepreneure-encadreuse, un travail qui me passionne encore, j’ai de la difficulté à voir et à croire en cet avenir meilleur(…)Si ma santé me le permettait, je serais depuis longtemps en train de travailler avec les personnes âgées dans les CHSLD. Je m’y sentirais utile et je sais que j’aurais un avenir. Cependant, mon « état » d’immunosupprimée ne me permet pas cette option.
J’aime encore mon métier, c’est clair. Si tel n’était pas le cas, je ne serais pas en train de réaménager mon local pour ma sécurité et celle de mes clients, et ce, sans aide financière du gouvernement, puisque je n’y suis pas admissible. C’est extrêmement difficile de faire de telles actions alors qu’on ne sait pas si ce sera en vains (…)
Les gens qui me connaissent savent que je suis une battante, mais j’ai parfois besoin d’un p’tit boost d’amour pour y arriver. Merci de m’avoir lue. Moi, je vais aller continuer à me préparer à ré-ouvrir. »

Ma commande spéciale, c’est d’encadrer deux toiles qui ont été peintes il y a plus de 25 ans par Micheline, mon ancienne belle-mère, décédée subitement d’un arrêt cardiaque alors qu’elle était dans la jeune quarantaine. J’avais dix ans, et je la vois encore à travers mes yeux d’enfant dans ses pinceaux. Elle avait fait des oeuvres représentant les îles-de-la-madeleine, qu’elle rêvait d’un jour visiter. J’ai donc écrit ceci à mon encadreuse:

« Votre travail valorise celui d’artistes, mais aussi celui d’amateur.e.s, et de créations qui ont peut être peu de valeur artistique ou marchande, mais qui peuvent avoir une grande valeur sentimentale. Les toiles que j’ai laissées chez-vous, ce ne sont pas les oeuvres de Picasso, mais ce sont celles de ma défunte belle-mère, décédée trop jeune, lorsque j’étais enfant. Pour moi, encadrer ses peintures, c’est aussi donner de la valeur à ce qu’elle a été dans ma vie. Votre travail a une belle valeur humaine. Merci. »

À toutes celles et ceux qui remettent en question leur utilité, j’ai juste le goût de vous dire que c’est la valeur accordée à ce mot qu’on devrait questionner. J’estime avec beaucoup de respect tout l’amour et la créativité que les gens mettent dans leurs projets, leurs entreprises, et leur communauté. J’espère modestement que mon encadreuse a ressenti un p’tit boost à mes mots.

À bientôt, encadreuse d’Encadrements Frontenac!

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