Pourquoi vendre quand on peut donner?

Par MARIE-CLAUDE PARADIS-VIGNEAULT

Alors que je préparais une boîte de vêtements à remettre à un organisme venant en aide aux femmes de l’Estrie qui en arrachent plus que moi en ce moment – tout est situationnel dans la vie – je me suis surprise à me questionner à savoir si j’allais donner ou non certaines de mes robes que je ne porte plus, mais qui sont des pièces uniques créées par des designers québécoises. Je pourrais facilement les revendre à des amies ou sur une plateforme quelconque. Pourquoi donner quand on peut vendre? 

J’ai aussi hésité à donner de manière anonyme. Je ne connaitrai pas la personne qui recevra ces pièces et elle non plus ne saura pas d’où elles viennent. Ces robes ont à mes yeux plus de valeur que des t-shirts Simons ou des « trésors » de friperie, par exemples. Bien honnêtement, une part de moi préfèrerait les voir sur une amie plutôt que de les voir partir dans une boite en carton prendre la route vers des femmes que je ne rencontrerai jamais. Quoique Sherbrooke c’est petit, mais même advenant que je croise une inconnue avec l’une de mes anciennes « Marjolaine Michon », je n’irai quand même pas lui dire: « Hey cool! C’est toi qui a reçu mon « ex-dress« ! ».  

Puis,  je me suis trouvée cheap. Tellement cheap de penser de même. 

Come on, je les ai achetées il y a 5-6-7 ou 8 ans, voilà des lunes que je ne les ai pas portées, elles dorment dans mon garde-robe (dans l’espoir inavoué de perdre quelques kilos, chose qui n’arrivera pas), puis de toute façon, le linge, peu importe où, comment et par qui il a été conçu, c’est le pire investissement qui soit. À moins que ça soit une robe portée par Lady Di ou Marilyn Monroe, les guenilles ne prennent pas de valeur avec les années. 

Alors, j’en reviens à ma question initiale: pourquoi donner quand on peut vendre? Et je me dis qu’il faudrait l’inverser, et plutôt se demander: pourquoi vendre quand on peut donner? 

Je n’ai pas manqué de beurre d’arachide depuis des années, ces choses-là que j’hésite à donner, elles ont déjà été payées, et elles ont été utilisées, ou si elles ont été peu ou pas utilisées, c’est qu’elles n’auraient pas du être achetées en premier lieu.

Enfin, pourquoi on ne donnerait que ce qui n’a plus de valeur à nos yeux? La réponse à cette question m’apparait gênante. Le véritable don, celui de sois, celui des choses, de manière gratuite, désintéressée, et sans rien attendre en retour, même pas un merci, est quelque chose d’incongru sous le dogme néolibéral. 

Sois dit en passant, j’ai déjà revendu certaines de mes vieilles affaires, sois parce que je n’y avais pas réfléchi sous cet angle ou tout simplement parce que j’avais besoin d’argent pour arrondir mes fins de mois. Cependant, aujourd’hui, je ne vois plus de raison valable de vendre alors que je peux donner. L’économie ce n’est pas que faire du profit sur des choses, de l’argent et des gens, il y aussi l’économie de partage et d’échange.

Désormais, acheter sans la perspective de revendre, m’amène à mieux considérer mes achats. La journée que je me départirai de quelque chose, c’est parce qu’on aura vécu ce qu’on avait à vivre ensemble, alors je donnerai au suivant. À moins bien sûr, d’être en situation de nécessité financière, car personne n’est à l’abri d’un creux économique. La crise du Covid-19 nous le rappelle à tous les jours d’ailleurs. Acheter avec la perspective de donner, c’est peut-être finalement une façon de réduire notre surconsommation.  La crise environnementale m’inquiète autant, sinon plus, que celle du coronavirus, et à titre indicatif, chaque kilo de vêtements produit génère 23 kilos de gaz à effet de serre. Les petites robes, ce n’est pas si jolies finalement quand on y pense. 

Image tirée du film Clueless

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