Covid-19: Aplanir la courbe des inégalités sociales

Par MARIE-CLAUDE PARADIS-VIGNEAULT

À peine une semaine s’est écoulée depuis la déclaration de crise sanitaire du Covid-19 au Québec et que des mesures préventives se sont imposées dans nos vies, et déjà, des réflexions psychosociales commencent à s’installer dans certains foyers, sur la fragilité de notre économie et de nos modes de vie. 

Il y a une part de moi qui souhaiterait – en théorie – que cette crise dure suffisamment longtemps pour que nous soyons forcés de mener collectivement une critique radicale du néo-capitalisme; pour que les Québécois.e.s reconnaissent enfin le vrai rôle de l’État, leur rôle de citoyen (nous sommes plus que des payeurs de taxes), ainsi que celui de notre filet social tenu à bout de bras par les organismes communautaires; et enfin, pour que nous admettions notre dépendance maladive aux capitaux financiers.  J’aimerais qu’après cette thérapie à l’échelle nationale, nous puissions envisager sérieusement la décroissance, et que le Québec investisse dans une économie du partage.

Mais ce souhait, il reste strictement sur le plan idéologique, parce que dans les faits humains, si cette crise de la santé publique perdure, ce sont d’abord les personnes les plus vulnérables qui vont en payer le prix. Elles ont d’ailleurs commencé à en faire les frais. Je pense à celles qui vivent quotidiennement une distance sociale parce qu’elles sont soit pauvres, vieilles et/ou marginales. Le « beau monde » les évite déjà, se tenant le plus loin possible d’elles. Je pense plus particulièrement à ces personnes qui passent leurs journées à trainer leur p’tit coeur brisé de peines d’amour, de deuil ou d’abandon, ainsi qu’à celles qui luttent contre leurs problèmes de consommation. Je n’aime pas les imaginer confiner dans l’insécurité et la solitude avec leurs démons intérieurs. J’ai des visages familiers en tête quand j’écris ces lignes, des flâneurs de la Place Émilie Gamelin (Montréal) et des ami.e.s de la Well sud (Sherbrooke).  Je pense également à toutes ces personnes en ce moment invisibles sur les réseaux sociaux, qu’on ne verra pas poster une photo d’elles en pyjama à leur poste de télétravail, et qui n’ont pas le privilège de pouvoir chatter avec leurs ami.e.s sur Skype et d’en faire une capture d’écran. Pour ce monde-là, ceux qui sont exclus du mainstream, les espaces publics, les parcs, le café du Tim ou du McDo, les salles communautaires, le Bingo, les refuges, le centre d’achat, la taverne du coin ou la soupe populaire, c’est toute leur vie sociale et familiale qui s’y trouve.

La distance sociale, la précarité, le confinement involontaire à la maison (faute d’argent pour sortir, faute de gens à aller visiter, faute d’endroits hospitaliers), est le quotidien d’un trop grand nombre de Québécois.e.s (environ 10% de la population au Québec vit sous le seuil de la pauvreté). J’aimerais tant que nous profitions de cette période étrange où la vie quotidienne est en suspens, pour ouvrir une vraie discussion sur l’idée d’un revenu de base garanti, sur la hausse du salaire minimum et sur un plafond salarial pour les hauts dirigeants d’entreprises subventionnées par l’État. Depuis quelques jours, le travail essentiel des commis dans les épiceries, des préposé.e.s aux bénéficiaires dans les résidences pour personnes âgées, et des éducatrices à l’enfance, par exemples, devient soudainement visible. Ces travailleuses et ces travailleurs méritent plus que de vivre sur le seuil de la pauvreté à moins de 13$ de l’heure. Il n’y a pas que la courbe du coronavirus qu’on devrait aplanir, il y a aussi celle des inégalités sociales.

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