Les Roger de la Well sud

(Texte publié dans le journal La Tribune, mai 2019)

Sur la Well sud, il y a plusieurs habitué.e.s qu’on croise et qu’on finit par reconnaitre quand on y va souvent, quand on se donne le temps de s’y arrêter et de s’asseoir sur un coin de béton, sur une chaise jaune banane du parc éphémère ou sur le rebord de l’ancienne bâtisse du bar GB. Sur cette rue mal-aimée du centre-ville de Sherbrooke, cohabitent des gens de divers milieux, des résident.e.s, des travailleurs et des travailleuses, des commerçant.e.s et des flâneurs. Ceux-là ce sont mes préférés parce qu’avec eux on a le temps d’être, d’être là, d’être ensemble. Parmi les flâneurs, il y a Roger. Roger est un créatif de la Well sud! À chaque fois que je tombe sur lui, immanquablement, il me parle de l’un de ces derniers projets, que ce soit des pots de fleurs recyclés, d’une oeuvre d’influence bouddhiste zen dans le carré de sable du parc ou de sa fameuse glissoire construite à l’hiver 2017! C’est dans ces moments-là que j’ai l’agréable sentiment de me trouver au coeur de la ville. Pour paraphraser Lewis Mumphord: « La ville est un kaléidoscope où sans cesse en mouvement, s’entrecroisent les êtres les plus dissemblables. En les rapprochant, la ville confère à chacun un peu de la personnalité, de la couleur, du dynamisme de l’ensemble. »

Dans quelques mois commenceront les grands travaux Well inc.  Pendant plusieurs saisons, avec sûrement quelques rebondissements, nous allons assister à une grosse opération à coeur ouvert de la well sud. Des bâtiments vont être démolis – adieu Hôtel Wellington – d’autres vont  s’élever et transformer le visage historique du centre-ville de Sherbrooke. Petit à petit, vont arriver de nouveaux voisins, puis certains vont quitter cet espace de vie qui a été leur pendant des décennies. Face aux changements inévitables qui arrivent à grands pas,  j’aimerais qu’on se rappelle que la beauté des villes réside d’abord dans la proximité humaine qu’elles offrent. Le centre des villes est historiquement un carrefour d’échanges, un lieu de tous les possibles. La cité donne aux gens qui l’habitent et la côtoient la possibilité de se reconnaitre à travers ceux qui peuvent nous sembler autres au premier regard. Enfin, j’espère que malgré le bulldozer de la revitalisation, il y aura encore de la place pour les Roger de la well dans quelques années. Malgré tout, il y a des craques d’espoir sur les pavés de la rue Wellington sud.

Marie-Claude Paradis-Vigneault, réalisatrice documentaire Sur la well

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