Charles Baudelaire, Rambo Gauthier et une crinoline

Ces derniers temps, je suis animée par l’inspiration que me prodigue les écrits de Baudelaire et plus particulièrement son oeuvre Le peintre de la vie moderne. Je me reconnais beaucoup à travers le « flâneur », un concept que j’explore pour un projet alliant poésie, documentaire et réalité virtuelle.

« Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits indépendants, passionnés impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement définir.  » Charles Baudelaire

Publié en 1863, alors qu’il écrit sur l’art, plus particulièrement sur la peinture, et la modernité, ses réflexions s’appliquent prodigieusement au cinéma, aux enjeux de la réalisation et du montage:

« Quand un véritable artiste en est venu à l’exécution définitive de son oeuvre, le modèle lui serait plutôt un embarras qu’un secours (…) Il s’établit alors un duel entre la volonté de tout voir, de ne rien oublier, et la faculté de la mémoire qui a pris l’habitude d’absorber vivement la couleur et la silhouette, l’arabesque du contenu. »

Jusque là, ça va. Je ne vois toujours pas -et je n’en cherche pas non plus d’ailleurs – de lien entre Baudelaire et le personnage coloré interprété par Bernard Gauthier. Enfin, c’est au chapitre XII intitulé Les femmes et les filles que ça se corse entre l’auteur de Les fleurs du mal et moi. J’étais assise dans un café lorsque je suis tombée sur cet extrait…et en bas de ma chaise:

« L’être qui (…) n’est peut-être incompréhensible parce qu’il n’a rien à communiquer (…) C’est une espèce d’idole, stupide peut-être, mais éblouissante, enchanteresse, qui tient les destinées et les volontés suspendues à ses regards. Ce n’est pas, dis-je, un animal dont les membres correctement assemblés, fournissent un parfait exemple d’harmonie; ce n’est même pas le type de beauté pure, tel que peut le rêver le sculpteur dans ses plus sévères méditations; non (…) »

Étouffée dans ma tasse de thé, je continue ma lecture. Ce que je retiens des prochaines lignes, c’est qu’à défaut d’avoir ni l’intelligence ni la beauté pure, les femmes doivent se dorer de parures et de maquillage, d’où l’importance d’une toilette savamment composée. Il ne faut donc pas séparer la femme du costume. Par ailleurs, Baudelaire s’insurge de « l’esthétique des gens qui ne pensent pas », ces indigents moraux pour qui « le rien embellit ce qui est ». Pas de chance que Charles- rendue à ce chapitre, je me permets de l’appeler par son petit nom – ne m’ait trouvé à son goût. Entre les talons vertigineux ou les espadrilles, la mise en plis qui défie les lois de la gravité ou la coupe garçonne, la robe à froufrous ou celle de type porte-feuilles, je préfère les seconds choix. De plus, en compagnie de mes ami.e.s, je préfère de loin discuter de Balzac que de ma dernière crinoline.

Je pourrais relativiser en réajustant mon gloss et mon jupon, en me disant que, bon, ça été écrit à une autre époque, que les mentalités ont changé depuis. Sauf que. Un siècle et demi plus tard, un candidat politique pas si quelconque vu la place qu’on lui accorde dans les médias, a affirmé sur le plateau de tournage de Tout le monde en parle, une émission à grande écoute :

« Chez nous, quand on fait des barbecues, après sept, huit bières, on se met tous à faire de la politique. Les femmes s’en vont parler de leur linge pis de leurs patentes, pis nous, on parle de politique. On est tous des ministres de ci, pis des ministres de ça. » Bernard alias Rambo Gauthier

Faque, c’est l’histoire de deux gars, Charles et Bernard, qui s’en vont dans un bar sur la Côte Nord…je vous laisse continuer.

 

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