Cauchemar ethnographique. Un petit oubli, une grosse gaffe…

Mais avant de parler de la fameuse gaffe, laissez-moi vous raconter l’histoire d’une belle rencontre ethnographique.

Le jeudi 18 août 2016, un événement hebdomadaire prenait place à l’entrée du Parc Émilie-Gamelin sur la rue Ste-Catherine : la Table des Invités. Cette activité de bienfaisance festive est une initiative de Présence Compassion en collaboration avec Sentier Urbain qui offre gratuitement aux « invités » pour l’occasion une salade composée de fruits et de légumes cueillis aux Jardins Gamelin, ainsi que du jus et des sandwichs. Exceptionnellement, la Chorale de l’Amicale des Scouts était présente pour chanter l’amour et la joie aux personnes présentes et aux passant.e.s. Émerveillée du bonheur émanant de la directrice-chef d’orchestre, je me suis jointe au public.

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Sur place, j’ai remarqué un bel homme, âgé dans la jeune soixante-dizaine, qui semblait connaître toutes les paroles des chansons qu’il chantait avec le sourire. Intriguée, je me suis rapprochée de lui. Quand un des responsables de la chorale l’a complimenté sur ses talents de chanteur, j’en ai profité pour me joindre à la discussion. J’ai blagué sur le fait que je connaissais à peine une syllabe sur dix des chansons interprétées par le groupe des Scouts et que j’allais donc me tenir proche de ce génie musical afin qu’il me souffle les paroles. C’est de cette façon que j’ai commencé à tisser un lien ethnographique avec ce beau monsieur.

En écoutant indiscrètement les échanges entre les deux hommes, j’ai notamment appris que le charmant spectateur avait beaucoup chanté dans les milieux d’hébergement pour personnes âgées, malades et en fin de vie. Il nous a raconté avec émotion comment les paroles de chansons pouvaient jaillir de la mémoire de gens atteints d’Alzheimer. Sa présence à la Chorale des Scouts était un hasard puisqu’il marchait ce jour-là sur la rue Ste-Catherine dans le but de se rendre au magasin Archambault. Amoureux de la musique, il a été interpellé par la chorale et il a donc choisi de reporter ses commissions pour profiter de ce moment. Après avoir chanté en choeur « La balade des gens heureux », je lui ai parlé de mon projet de recherche ethnographique et de mon intérêt pour son histoire personnel sur la Place Émilie Gamelin. Il a généreusement accepté d’y participer. Nous sommes donc allés nous installer dans un endroit plus tranquille : à l’ombre de la serre d’aquaponie des Jardins Gamelin.

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Micro-cravate accroché à la chemise de mon informateur et enregistreuse à « on », nous nous sommes plongés dans un échange riche d’intérêts. Parmi les moments marquants de cet entretien, j’ai appris qu’il venait rarement au parc Émilie-Gamelin ( il se rappelait d’y être venu pour un spectacle de Ginette Reno plusieurs années auparavant) car habituellement, il ne se sent pas très à l’aise dans un milieu fréquenté par des personnes en situation d’itinérance, mais aujourd’hui c’était différent. La musique et la danse ont changé le regard de cet homme sur les « habitué.e.s du parc ». De voir des personnes en situation de pauvreté chanter et danser les mêmes chansons que lui, de partager ce moment avec eux, l’a beaucoup touché. Il s’est senti plus près de ces gens qui comme lui aiment cet art de vivre.

Nous avons échangé sur d’autres sujets et enjeux entourant la ville de Montréal. Je me souviens qu’il était très reconnaissant du travail du maire Denis Coderre, qu’il trouve intègre et franc. Toutefois, je ne me rappelle plus des autres propos qu’il a énoncés. Malheureusement, je ne pourrai pas les retrouver, car mon enregistrement audio a échoué. Oui, j’ai vécu ce cauchemar ethnographique : la perte d’une précieuse entrevue en raison d’un problème technique. Ce n’est qu’une fois revenue à la maison, après avoir transféré le fichier audio vers mon portable que je m’en suis rendue compte lorsque j’ai voulu réécouter ce beau moment ethnographique. Sur le coup, je pensais que mon ordinateur éprouvait un problème audio. J’ai ensuite tenté de l’écouter directement sur mon enregistreuse audio. Niet-Nada-Nothing-Rien.  J’ai accusé une incompatibilité entre le micro et l’enregistreuse audio. Après j’ai douté de la fonction on/off du micro. Finalement, j’ai découvert sur cet engin une petite boîte vide qui normalement devrait contenir une pile. Ahhhhhhh que je suis bête! La douleur ressentie quand j’ai réalisé que mon entrevue audio était une perte est incommensurable!

Dans le cadre de ce projet de recherche, il s’agissait de ma sixième entrevue audio et de la première que je réalisais avec le port d’un micro-cravate. Jusqu’à cette découverte fatale, je pensais que je venais de « wraper » une entrevue parfaite en terme de contexte pré-entrevue, de temps, d’images, de qualité d’échange et de contenu. Enfin, il me reste des notes, des souvenirs et ce texte. Ah! Et toute qu’une leçon de gros bon sens technologique!

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Crédit photo: Layla Belmahi

 

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